Thrax Basus & Lyra

Originaire de Bulgarie, crée en 2008, Thrax audio s’est rapidement fait un nom dans le milieu de la HIFI High-End.

De la R&D avec des solutions innovantes , la gamme est très étendue dans tous les genres :

– platine phono, bras de lecture,

– électroniques analogiques avec des amplificateurs hybrides ou tout tube,

– électronique numérique, DAC ..

– enceintes qui sont tous des références mondiales, à la fabrication en interne TOUT ALUMINIUM fraisée dans la masse sur des machines CNC, rien n’est sous traité.

Le système d’enceintes Lyra et caisson Basus présenté dans le cadre de ce salon est l’illustration de l’exigence « jusqu’au-boutisme » revendiquée par Rumen Atarski, leur créateur

LE GRAVE SELON THRAX

Les notes basses sont cruciales pour traduire le rythme et l’harmonie de la musique, définissant la structure harmonique même dans les fréquences supérieures. Elles

sont de deux natures très différentes : soit continues et soutenues, soit pulsées, très courtes et percutantes. Un alignement de phase précis ainsi qu’un délai de groupe faible dans le bas créent la forme d’onde correcte permettant d’identifier l’instrument et de discerner sa texture sonore, délimitant aussi rythme et timing. N’importe quel retard ajouté rend la musique moins percutante. Or tout caisson actuel de taille insuffisante cause un retard énorme, la résonance de la caisse masquant la note fondamentale.

La meilleure performance globale est réalisable dans de grands volumes clos ; le problème du rendement se pose alors, car pour gagner 3 dB d’efficacité à une fréquence de 30 Hz, il faut doubler le volume. Pourtant la caisse elle-même restera toujours un résonateur. La solution Thrax est inspirée du Motional Feedback (MFB) de Philips dans les années 1970 utilisant un capteur de vitesse. Le boomer est équipé d’un système qui mesure l’accélération et la vitesse du cône en les comparant au signal d’entrée, permettant de le corriger activement et ainsi de le stabiliser, réduisant grandement la distorsion tout en améliorant sa réponse. Une impulsion appliquée sur le boomer provoque une onde sonore, mais quand il s’arrête, l’énergie cinétique se diffuse encore sur le cône, produisant un écho parasite.

La rétroaction par capteur magnétique mise en œuvre ici est en mesure de réduire ces résonances mécaniques. Malgré une latence inévitable, les performances sur une plage de fréquence limitée peuvent être améliorées d’au moins 10 fois selon Thrax.

BASUS : UN CAISSON EXTREME

Le Basus peut s’intégrer dans toute combinaison amplificateur/ haut-parleur grâce à ses réglages exhaustifs. La face avant ultra épaisse supporte le splendide 38 cm à membrane papier et aimant ferrite fabriqué sur cahier des charges par BMS, partant d’un châssis 15S330. Il est équipé d’une bobine de 75 mm pour le cône et d’un système magnétique complètement séparé à deux bobines spécifiques pour le capteur d’accélération. La suspension à double bord roulé est très rigide. Les réglages du filtre actif situés au bas à l’arrière du caisson s’avèrent très complets. Pas moins d’une dizaine d’actions sont possibles, dont les fréquences de coupure disponibles de 80, 100, 125, 160, 200, 250 Hz, à pente de 12 dB/octave (calé à 125 Hz pour notre test). Le niveau général est ajustable de ± 6 dB; des tilts sont réglables de ± 6 dB par pas de 1 dB à 20 Hz, et les phases sont réversibles sur chaque voie. Certains paramètres peuvent être aussi modifiés par le constructeur, comme la vélocité et l’accélération du capteur, ou le facteur Q définissant la pente et l’extension à basse fréquence en fonction de l’amortissement du résonateur. Seule une mesure à l’aide d’un micro permettra de valider les réglages précis, nécessitant quelques connaissances techniques. Enfin le Basus est équipé d’un amplificateur surpuissant en classe D de 1000 W, capable de fournir toute l’énergie au 38 cm, inséré dans un boîtier métallique résistant à la haute pression acoustique interne.

FABRICATION ET ÉCOUTE

Construction :

Les machines-outils à commande numérique de Thrax ont permis de réaliser un coffret suprêmement rigide, constitué de plaques d’aluminium de forte épaisseur à profil auto-bloquant renforçant structurellement la raideur, entretoisées pour rendre totalement inerte toute la surface des parois. Une épaisseur de bitume interne de 3 mm permet d’éliminer les ondes stationnaires résiduelles qui ne manquent pas d’apporter des colorations. Tout comme les Lyra, aucune vis n’est visible en façade, soulignant la pureté du design en aluminium anodisé noir mat ou gris argent.

Composants :

Le 38 cm d’origine allemande BMS sur cahier des charges est une très belle pièce, son asservissement propriétaire prouve une maîtrise du sujet impressionnante de la part de Thrax. Peu de détails sur l’amplificateur surpuissant du type que l’on trouve dans les systèmes Pro, mais le filtre actif complexe est une pièce maîtresse du Basus. Réglable en tous sens, le circuit imprimé blanc supporte les composants de surface, les capacités, microswitches et autres contacteurs. Il est encadré des entrées pour l’arrivée du signal sur le filtre et des sorties vers l’amplificateur des Lyra en RCA doublées de XLR.

Grave :

Le grave obtenu par le Basus est à ce jour l’un des plus phénoménaux jamais entendu dans nos locaux. D’abord l’extrême grave est réel, rarement n’a été ressenti un orgue aussi puissant et majestueux, dont la dimension vous transporte littéralement dans l’église, comme celle de St-Matthias à Berlin sur les chefs-d’œuvre pour orgue de Dupré par Lüdger Mai (Aulos). La vibration du souffle dans les tuyaux est palpable tout comme les battements des notes les plus basses : du grand art, quand tout est bien réglé.

Médium :

La voix d’Hannah Reid est incomparable sur «Rooting for You» du London Grammar par le couple Lyra + Basus. Rumen Artarsky souligne qu’un son de basse module un son de hauteur plus élevé en lui donnant le battement et en le «colorant» ; la voix sera alors plus modulée et sa perception différente qu’entendue seule. Toute la zone médium en profite par une richesse de tessiture plus vaste, vibrante et incarnée, que ce soit sur les voix de Sarah Vaughan, Nathalie Dessay ou bien Prince.

Aigu :

Mêmes effets dans ce registre, où l’apport du Basus rééquilibrant la bande passante ajoute une qualité d’aigu supérieure qui devient mieux intégré. Un caisson de basse ne produit pas d’aigu, mais les Lyra mariées aux Basus gardent tout leur mordant en haut en étant plus fusionnel avec le reste du spectre. Les cymbales d’Harold Jones sur le live de Sarah Vaughan Crazy and Mixed Up (Pablo) sont d’une puissance phénoménale, les résonances sur toute la surface du disque métallique scintillent dans un déchaînement harmonique.

Dynamique :

Les écarts dynamiques sont toujours le point fort des Lyra, mais vient s’y ajouter un poids dans l’extrême grave qui les rend à la fois plus posées et grandioses dans la dimension de l’événement sonore. Car à aucun moment le Basus n’apparaît lent ou manquant de célérité, grâce à son sensor contrôlant la membrane et minimisant toute distorsion liée au traînage. La même dynamique est étalée sur toute la bande passante, ce qui est très rare. Souvent les membranes de gros diamètre n’ont pas l’air de jouer à la même vitesse que la voie médium, or ici la cohérence est totale et complémentaire.

Attaque de note : Sur Crossways de Myriam Alter (Enja), l’accordéon est à la fois souple et fluide, au timbre chaleureux mais en même temps les languettes métalliques sont nettement perçues, les attaques des doigts sur les touches frappant le clavier ne sont pas floues mais justement localisées. Les percussions vives scandent la trame rythmique accompagnées d’un trombone aussi vrai que nature, et d’une clarinette boisée et ronde à souhait : toute l’essence musicale est là.

Scène sonore : Le rebattu Unplugged d’Éric Clapton apparaît ici dans un jour totalement nouveau, tant les informations d’extrême grave sont masquées ou imprécises sur les autres systèmes. On redécouvre complètement la dimension de la scène jusque dans tous les recoins de la pièce, les battements de pieds faisant puissamment vibrer l’estrade, les applaudissements montrant un réalisme rare : l’immersion est totale.

Transparence :

La définition extrême des Lyra ainsi que leur sens du détail sont contrebalancés par la souplesse et l’agilité du Basus, qui vient remettre dans le contexte d’ambiance chaque nuance. Impossible de couper les caissons quand on y a goûté, expérience faite lors des écoutes. Exemple : les Thrax ne laissent absolument rien échapper des multiples et subtiles variations de l’orgue électrique de Benoît Sourisse dans Django Visions

Qualité/prix :

Évaluer le rapport qualité/prix sur un système de cette envergure est ardu, le choix s’effectuant sur des paramètres plus émotionnels qu’un simple chiffre, même élevé, du moins pour les heureux audiophiles pouvant s’offrir les Thrax. Mais compte tenu de la technologie employée en aluminium massif et de l’originalité du concept, le prix aurait pu être encore bien plus élevé, surtout dans d’autres contrées. De plus, le haut rendement des Lyra permet de se contenter d’un amplificateur de faible puissance : 20 W suffisent, ce qui réduit le budget tout en offrant la possibilité d’utiliser aussi de très bons monotriodes.